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L’image du jour
Les Batmen au soleil.

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L’image du jour

Les Batmen au soleil.

THU VAN TRAN

Pour sa première exposition personnelle à la galerie, Thu Van TRAN (Ho Chi Minh City, 1979) investit le premier étage avec un titre extrait du livre Heart of Darkness de Joseph Conrad. Publié en 1899, ce roman relate la lente remontée d’un fleuve d’Afrique par un jeune officier anglais pour le compte d’une société belge. Basé sur des observations faites par Conrad lui-même, ce livre développe l’expérience intérieure et la perception du monde par le jeune marin les reliant à la description d’une nature sauvage et oppressante. La référence à ce récit permet à Tran d’activer et de mettre en forme une réflexion sur le passé colonial des nations comme la Belgique ou la France mais aussi de faire allusion au passage dévastateur de l’armée américaine au Vietnam.
L’artiste a structuré cette exposition en tissant de nombreux liens reliant chaque œuvre. Dans l’alcôve, une pièce, où légèreté et pression cohabitent, associe carreaux de plâtre aux couleurs déterminées à des étais fabriqués dans du bois d’hévéa, fameux arbre duquel provient le caoutchouc qui fut intensivement planté par les colons français en Indochine. Les couleurs font référence aux défoliants (nommés « Rainbow herbicides ») employés par l’armée américaine au Vietnam de 1961 à 1971 dont le plus connu reste l’agent orange. La guerre chimique de l’armée américaine consistait à détruire cultures et plantes en bombardant des herbicides puissants sur les régions où se trouvait le
Viêt-Cong. Des allusions formelles se retrouvent dans les deux salles avec des œuvres sur papier : dessins, tirages au jet d’encre, photos de jungle traitées avec de la rouille. Les dessins à la mine de plomb sont dénaturés volontairement par l’artiste qui y pulvérise de la couleur à la bombe représentant les différents agents du « Rainbow herbicides » ou qui hachure finement le sujet
en lui-même.
Le rapport à la couleur est d’un autre ordre avec Chinatown placé dans le passage à l’arrière de l’alcôve. Ramenée de New York (Chinatown), cette étiquette représentant un paysage asiatique est évidemment une évocation du pays d’origine et confère un beau rapport d’échelle : petite étiquette pour un grand poster / petite image pour grands souvenirs.

En l’exposant en pleine lumière pendant des semaines, le souhait de l’artiste était de permettre au soleil d’exécuter son lent travail
d’absorption et d’effacement des couleurs. La mémoire du lieu d’enfance s’effacera tôt ou tard.
L’oubli laissera place au vide, mais un vide à remplir de nouveaux souvenirs. La survivance des images enfouies, du paysage rêvé traverse le travail de Tran. On retrouve ces éclairs de lucidité dans les
grands photogrammes qui, « brûlés » par la lumière, ne laissent apparaître que des extraits d’Heart of Darkness qui ont trait à la lumière ou l’obscurité. La lumière aveugle mais rend également visible.
Cette lumière dont parle Camus dans L’Etranger, autre livre-clé montré dans une belle précarité, en équilibre sur un socle en plâtre fissuré et disloqué. 
Quant aux deux exemplaires de Heart of Darkness imbibés d’encre noire, ils semblent diffuser ou pomper toute la noirceur de cette période historique qui, peu à peu, refait surface comme une tache de pétrole. Belle approche de la notion de contamination. Avec Sabena, vous y seriez déjà est une autre œuvre ambiguë avec des photos d’archive rendues à moitié visibles sous des formes en hévéa. Forte métaphore de l’histoire de la Belgique qui suggère le décalage entre l’histoire enseignée et l’histoire réellement vécue au Congo belge. 

MAARTEN VANDEN EYNDE IN_DEPENDANCE

Intéressé par l’idée du réseau et des multiples liens qui existent entre les diverses composantes de la société actuelle, Vanden Eynde a pensé l’exposition à partir de la structure symétrique de l’espace qui lui est dévolu. Les deux salles qui ont leur indépendance sont néanmoins intimement liées. Dans ce sens, elles sont également interdépendantes. Les œuvres exposées rappellent subtilement ce
dialogue. Le travail de Vanden Eynde (Leuven, 1977), visible récemment au MuHKA d’Anvers et à Manifesta,
nous montre que les grilles de lectures habituelles pour comprendre notre monde (opposition
technique et nature / humain et non-humain) sont de plus en plus caduques et qu’il faut en réinventer. La composition hybride de la société, les réseaux sociotechniques complexes font glisser
les forces mais aussi les enjeux du pouvoir. Les transformations sont évidemment multiples et on retrouve cela au niveau formel dans son travail.
En entrant dans la salle de gauche, le visiteur est d’emblée marqué par deux tee-shirts tendus et épinglés sur une planche en bois tels des peaux d’animaux. Cette œuvre trouve sa genèse en 2010 lors d’un séjour de l’artiste pour la triennale SUD (Salon urbain de Douala, Cameroun) .

Pour l’occasion, Maarten et l’artiste Alioum Moussa avaient demandé à des personnes ne se connaissant
pas de porter un tee-shirt. La performance soulignait de nombreux aspects d’ordre sociologique
(rencontre, échange, connaissance de l’autre), culturel (un Africain-un Européen), politique (questions autour de la colonisation, de l’indépendance des pays africains,…). En l’exhibant de la sorte, l’artiste joue sur plusieurs registres et ne se laisse pas enfermer dans une lecture unique. Une autre pièce, La Grande Bouffe associe un ancien casque de l’armée belge et deux couverts en argent et fait allusion aux troubles politiques ayant agité la Belgique durant de longs mois. En effet, le visiteur
observera que des lignes symbolisant les jours sans gouvernement ont été grattées sur le casque.
Une œuvre entre gravité et humour. 
Il en va de même pour Industrial Devolution, composée de deux compressions de cent objets identiques chacune, qui fait directement référence à la situation industrielle européenne et aux délocalisations répétitives. Les objets compressés ont été  collectéspar l’artiste dans des usines de Birmingham qui ont fermé depuis. 
Les autres œuvres mettent en lumière les détournements opérés sur des objets pour révéler les tensions internes insoupçonnées, pour permettre au regard de trouver le merveilleux dans le banal, pour comprendre l’interdépendance entre matières et matériaux : des branches devenues poutres adossées au mur révèlent la perfection de l’une et l’imperfection de l’autre, ou dans la salle de droite, une branche d’un cerisier a été taillée de telle sorte qu’elle devient presque un arc de cercle en équilibre, une bûche trône de façon suggestive, d’autres branches encore sont devenues des outils
de jardinage comportant des excroissances inquiétantes : sorte de mutation génétique du futur ?
Enfin, s’élevant tel un monument, une sculpture massive qui allie la beauté intrinsèque du métal rouillé à la masse informe de métal fondu fait appel aux mystères de la nature (ne dirait-on pas une formation géante de quartz ?) tout autant qu’aux visions post-11 septembre qu’on a pu voir dans la presse. On constate aussi avec les Oil Peaks jaillissant du sol, sculptures uniques en bronze montrées  dans la salle arrière, que l’artiste questionne les enjeux politico-économiques les plus polémiques
de notre époque. 
 

Galerie Xavier Hufkens, Bruxelles.
Artiste : Roni Horn  - Selected Drawings 1984-2012

" Lorsqu’on me demande ce que je fais, j’ai tendance à dire que je dessine - c’est effectivement mont activité principale - et tout mon travail a cela en commun quel que soit l’idiome ou le matériel. "

Série de dessins pigmentés de l’artiste Roni Horn ( née en 1955 en New-York ). Ces œuvres explorent en fait la matérialité même de la couleur et le potentiel sculptural du dessin.
Ses premiers dessins datent du milieu des années 1980, ils furent réalisés avec du pigment pur et présentent des groupes de formes géométriques facilement identifiable et des volumes abstraits. Chaque forme est couverte de pigment poudré dans les tons de rouge profond, jaune vif et de vert brillant. Le pigment est appliqué sur le papier en couche épaisses, mélangées à de petites quantités d’essence de térébenthine, et finalement du verni est ajouté petit à petit. Processus apporte la physicalité et la profondeur à ces œuvres bidimensionnelles.

Chaque oeuvres est constituée de dessins, ou de “planches”, séparé. Horn découpe d’abord ces planches et ré-assemble certains éléments, créant des formes totalement nouvelles par découpes et collages continus. Des marques légères au crayon à papier sont dispersées sur la surface des dessins, soulignant la jointure de différentes planches et notant des noms ou des groupements aléatoires de mots. Ces annotations marquent le temps, comme un métronome, durant lequel Horn a effectué son exploration de la surface expansive du dessin.